La concentration de l'activité économique dans l'espace, ainsi que l'existence des villes, sont des régularités empiriques largement observées en économie. C'est pourquoi l'aspect géographique de l'économie est une notion ancienne, comme en témoignent les contributions fondatrices de la science régionale de von Thünen (1833), Marshall (1890), Hotelling (1929), Lösch (1940) et Hirschman (1958). Cependant, il a fallu attendre l'article de Paul Krugman en 1991 pour que cet aspect de l'économie suscite un regain d'intérêt et pour que les mécanismes sous-jacents à ces effets géographiques soient étudiés de manière systématique.
Les politiques de développement territorial, en particulier celles qui concernent les zones urbaines, ainsi que les politiques d'innovation, ont été influencées par diverses avancées de la science économique au cours des dernières décennies. Ces avancées ne sont pas toujours issues directement de la science économique, mais résultent souvent de collaborations avec d'autres domaines disciplinaires tels que la géographie, les sciences humaines et politiques, le management public, et d'autres encore.
A. Définition et origine de L'économie géographique
L'économie géographique, également appelée économie spatiale ou économie des territoires, représente une conception novatrice de la géographie économique. En effet, le terme "géographie" provient de l'étymologie grecque "geo" (terre) et "graphein" (écrire), désignant ainsi l'étude de la surface de la Terre, un domaine qui a évolué pour inclure l'analyse de l'impact de la géographie sur l'économie.
Au fil du temps, une branche de l'analyse économique s'est consacrée à la compréhension des conséquences économiques liées à l'espace, à la suite des travaux historiques de von Thünen (1827) et Christaller (1933). Ce nouveau programme de recherche a été initié par Walter Isard en science régionale et William Alonso (1964) en économie urbaine.
B.La dimension spatiale de l’économie
La géographie économique s'intéresse à la dimension spatiale des activités économiques ainsi qu'à l'économie en général, en considérant la rareté. Elle se penche sur les questions de l'économie en lien avec l'espace, telles que la distribution, la localisation et l'impact des activités économiques sur l'espace. L'objectif est d'étudier les dynamiques spatiales des activités économiques et de comprendre comment celles-ci influencent l'organisation socio-spatiale liée à la production, la consommation et la distribution.
La géographie économique combine l'approche spatiale de la géographie avec le principe économique de la rareté, qui se traduit par le concept d'efficacité (rapport entre les résultats et les efforts) et la théorie de la valeur (de production, d'échange ou d'usage), qui doivent être expliqués. La notion d'utilité (satisfaction obtenue de la possession d'un bien ou d'un service) joue un rôle central dans le comportement spatial des acteurs économiques, et dépend de la forme et de la nature de la fonction d'utilité (expression de l'utilité en fonction des variables intégrées) ou du profit (différence entre les recettes et les coûts) pour le producteur.
Selon P. Claval (1976), les faits géographiques et économiques sont étroitement liés et il est souvent difficile de les distinguer. Les économies d'agglomération sont un exemple de cette interdépendance : elles sont à la fois un fait économique et une forme géographique, celle de l'agglomération spatiale. Ces économies résultent de la combinaison d'économies internes (décisions prises à l'intérieur de l'entreprise) et d'externalités (effets positifs provenant de décisions extérieures), ainsi que d'économies d'échelle (effets positifs provenant de la taille de l'entreprise) et elles constituent un facteur puissant de localisation. En retour, une forte agglomération engendre d'importantes économies. Les interdépendances entre les activités peuvent être étudiées à travers les tableaux d'échange interindustriels ou interrégionaux (TEI), grâce à une analyse entrées-sorties qui permet de comprendre les problèmes de localisation. Toutefois, ces économies positives peuvent parfois devenir négatives lorsque leur seuil de tolérance est dépassé, on parle alors de diséconomies. Ces dernières sont causées par des rendements décroissants générés par la pollution, la congestion et les problèmes organisationnels.
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